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Nov 22 2008

Vers une littérature post-exil

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La langue du survivant, la langue survécue:
Vers une littérature post-exil

Qui part en exil, porte son histoire dans sa langue. La langue devient alors la mémoire, la main, le regard, le chemin : elle devient sensible.

Qui part en exil, qui s’exile, veut survivre au désastre. A quelque chose à faire survivre au désastre.

Il y a une langue éveillée qui, regardant le désastre, se met tout de suite en danger d’être meurtrie. Cette langue, les yeux ouverts, se rend compte que le désastre engloutit toute langue encore éveillée.

C’est ainsi que la langue uniforme, la langue officielle, censure toute autre langue. Toute autre langue est condamnée à disparaître. C’est toute autre langue qui part en exil.

* * *

J’écrivais, donc. La littérature était mon métier. Mes textes paraissaient. Où ? En Iran, la Presse, les revues, les journaux… Avec le temps, je me rendais compte que des […] devenaient de plus en plus présents dans mes textes. Un jour, un ami poète, Ali Abdolrezaei, m’a envoyé son dernier livre, une moitié imprimée, l’autre écrite à la main. Puis, les quelques revues littéraires existantes ont cessé d’exister, puis, je ne devenais que des […], la page blanche, je la devenais.

En apparence, on parlait, on écrivait dans la même langue mais la langue commune ne nous contenait plus.

Mise en commun du hors du commun

Puis, la Presse, l’édition, les médias, nous ont exclus de toute page, de tout livre. La liste noire contenait nos noms : les noms à bannir, à éviter, à rayer. Ici, ce n’était plus Platon qui expulsait les poètes de la Cité (pour mieux les accueillir dans une cité idéale ?), mais un système…totalitaire. Venaient ensuite les autres jours, nos livres disparaissaient peu à peu des librairies, les maisons d’édition n’éditaient, ne rééditaient plus nos livres, préférant la paix au risque, les livres de cuisine à la poésie. Les nouvelles générations venaient au monde, nos œuvres n’étaient plus accessibles, nous étions inexistants : nous avons été effacés.

Ecrire, oui, la seule chose qui reste, lorsque tout manque. Nous manquions à nous-mêmes, nous nous manquions.

Précisément, c’est à ce moment-là que notre réseau se tissa sur les ondes du réseau mondial, l’Internet. Une existence conditionnée, virtuelle. Un choix par défaut : faute de papier, de financement, d’investissement, il y avait là quelque chose à sauver. Une écriture, et ses évolutions et ses agitations et ses éruptions. En somme, tout ce qui était passé sous silence, et pire, effacé de l’histoire de la littérature iranienne contemporaine. Le réseau, oui, nous l’avons expérimenté, une revue électronique a été fondée, des poèmes, des articles, des récits, des contributions de la part de ceux qui se sentaient privés d’un espace littéraire digne de ce nom, ont été mis en ligne. Cette expérience suit son chemin, se renouvelle, prend des envergures (publication de livre électronique), et réfléchit à son essence, une existence dans l’air, qui est libre et libérée, bien sûr, quoique la censure soit présente aussi sur Internet, nouveau moyen de chasser toute autre parole. Une existence donc fragile, par moment inquiétée : Quel avenir ? Quel genre d’archivage ? Quelle présence dans des librairies ? Quelle postérité ? L’existence flue ici et maintenant. Et après, comment, et qui, prendra le relai ? C’est à ces questions qu’il faudrait répondre.

Mais de quelle langue, de quelle littérature parlez-vous ?

Il est vrai, parler de la littérature iranienne contemporaine est la chose exotique par excellence. Il serait aisé de jouer sur l’exotisme même (comme pour les arts visuels, par exemple), aussi, il serait possible de rendre accessible cette littérature dans d’autres littératures, pour d’autres langues. Il faut préciser que la vie en exil transforme, manipule, influence, défigure, et possibilise la langue. La vie parallèle des langues offre un perpétuel échange, un passage continu d’une langue à l’autre : la langue d’hôte et la langue d’hôte. Le français rend possible cette non distinction, une non-différence, une non-séparation. Naît alors une langue, tout comme un enfant, métissée, hybridée d’une langue que l’on nommerait délibérément la langue maternelle et une autre, et peut-être une autre encore. C’est ainsi que les possibilités des langues s’additionnent. Une littérature post-exil surgit. La découverte de nouveaux espaces linguistiques et de nouvelles expériences, donne lieu à des œuvres uniques. Uniques, puisqu’elles sont le résultat d’un exercice patient sur la vie, c’est-à-dire, la littérature même.

Il y a des perspectives qui s’ouvrent. Une littérature post-exil, basée sur la multitude des langues et la dissemblance des espaces d’expérience est à venir.

Une littérature est née

En somme, la littérature post-exil ne s’efface ni dans la nostalgie d’origine ni s’intègre dans le paysage du pays d’accueil. Si elle existe, c’est par sa différence, si elle unit, c’est par son unicité. L’expérience littéraire du poète Ali Abdolrezaei est l’exemple par excellence. Une fois ses œuvres, ainsi que sa personne, censurées, il  a quitté l’Iran. Exilé en Europe (France, Allemagne, Angleterre), il a pu penser une nouvelle forme d’expression, déchaînée, libérée de la censure (religieuse, étatique), délivrée de l’auto-censure. Une expérience ancrée dans l’exil, où les potentiels poétiques sont nombreux. Cette littérature nous invite à penser à une nouvelle forme d’hospitalité. Non pas l’hospitalité de l’homme, mais l’hospitalité à l’égard de l’œuvre. Réécrire l’œuvre, ce qu’on appelle parfois la traduction, pourrait être une nouvelle forme de l’hospitalité.

A contribution to the Crosswords print issue by Parham Shahrjerdi

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Nov 22 2008

Quoi ?!

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Qui ?!
Quoi est comment ?
Rien ne devient comment
Ce n’est rien

Moindre qu’un citoyen respectueux
A chaque voyage mettre un carnet bleu  dans sa poche
A chaque entrée au pays se justifier devant un bâtard
Par une petite explication donner la liberté à sa plume
Perdre la main
Ne prendre peur ni par soi ni chez soi
Nettoyer les lignes du poème de cette nuit
Boire du vin
Boire
Boire
Installer une nouvelle révolution sur la table
Et dormir
Dormir
Rooooooonnnnnnnfffffffffffffffffffffffffllllllllllllleeeeeeeeeeeeeeeemmeeeeent
Rêver son ronflement
Se réveiller un autre demain
Se relever
Ecraser une nouvelle trace des pieds
Dans un bordel puant se rouler sur le monde entier
Arriver aux portes dansantes
Rentrer de la boîte avec les disques emmêlés d’une petite mince
Puis
Chantant une petite chanson de merde
Mettre ses pieds au casino
Puis
Cul nu
Hurler à côte d’une chanson triste

Après ça ?!
Au milieu de toi-même tu es passant        ah la honte
S’isolant   se mettre à courir immédiatement
Averti par une dame
Ne l’entendre
Voler un bout du magasin
S’en fuir   fuir  fuir  fuir…
Et rien        rien              rien foutre      c’est-à-dire      quoi ?!

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Nov 19 2008

Devenir langue(s)

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hp6s6054.jpgParham Shahrjerdi

Commençons par ceci : non, je ne suis pas traducteur. Traduire ne m’intéresse guère. Seulement, j’aime m’introduire dans une langue, la mienne, par exemple, puis, en sortir pour m’introduire dans une autre langue, une autre, la tienne, par exemple. Mais la mienne, elle est déjà de-langué, cherche à déléguer : je languis pour ma langue.

Il est des textes qui nous vivent, ainsi, même cessant de vivre, ils nous survivent. Censure fait partie de ces textes-là. Et une question: a-t-on mesuré l’envergure de ce qu’on désigne, ici comme un véritable signifiant-maître ?

?????????

Serait-il concevable d’avoir une compréhension simultanée d’un terme et d’un autre ? Il s’agit là d’un adverbe ( ?) accompagné d’un nom commun, et créant ainsi un syntagme nominal : maux – père / maux – mère / mon maux – frère.

Une sorte de metônumia s’opère, en défigurant ces noms composés, un changement de nom qui peut se faire comme suit : référant –> signifiant –> signifié.

Les renvois sont multiples :

Maux renvoie aux mots, et au même moment, renvoie au père. Et vice-versa.

Le nom composé maux – père peut être considéré comme un poly-signifiant, constitué de deux signifiants (maux et père), et chacun ayant au moins un signifié. L’ensemble maux – père, en voisinage d’un certain mon père, peut être interprété comme multiple renvoi : maux, le mal, père, la famille, et par maux qui est mon, le narrateur se dispose de tout le mal, de tous les maux.

Les mots les maux : les maux des mots

Proposons une hypothèse : et si chaque mot n’était qu’un mal, et ceci, dans tous les sens : physique, métaphysique et moral (ici, nous référons aux trois axes du mal selon Leibniz sans y adhérer pour autant). Chaque mot donc, est porteur du mal. Nous disons père, nous disons mère, nous disons frère, et le mal y est. Comment confronter le mal ? Le posséder? Le repousser ? Dans le poème intitulé Spleen, antérieur à Censure, Abdolrezaei écrit :

J’ai sauvé ma vie

Pour trahir en bloc

Mon père ma mère mes amis tous des humains

Nous assistons ici au cœur de la société, avec la famille, avec des amis. Ces humains, définisseurs du bien et du mal. Mais aussi, les censeurs, et justement, les premiers cercles de la censure, exécuteurs de la censure la plus dure. Ces humains qui attribuent le mal au mot, le mot – mal, devenant le mot à éviter, le mot censuré. Il y a donc des mots qui souffrent (les non-dits), et puis, des mots qui sont à l’origine de la souffrance (humains, société, censure, famille, père, mère, amis…). Le début du poème démontre bien l’action menée par ces mêmes humains :

Au massacre de mes mots

On arracha la tête de la dernière ligne

Les références à la famille sont manifestes. Aussi, en écrivant ce poème en français, je suis arrivé à une phrase telle que :

Et Londres avec un temps bariolé encore

Attend sœurement

Pour que la mort s’allonge sur mon corps

Pour que la vie me tue encore.

Une sorte de personnification est suggérée : Londres est ma sœur. J’aurais pu me contenter de dire : [elle] attend telle une sœur, ou encore, [elle] attend comme une sœur. Mais j’aurais besoin plus que cela, un terme équivalant de fraternellement. Sœurement, porteur de sœur, de sûrement, et tout cela, porteur de la famille, porteur du mal.

Et etouffer les mots les maux.

Le persan s’écrit en français. Je l’ai écrit en français, non, je l’ai écrit dans mon français.

Du monolinguisme au poly-linguisme d’autrement

Il y a en effet une certaine connectivité entre cette langue, nommée persane avec toute autre langue. Notre tâche consiste à rendre possible ces connectivités, par un acte, jadis considéré comme impossible, aller au-delà de la traduction pour arriver à une re-création. Dans cette re-création, il se passe des choses, inattendues parfois, improbable d’un temps à l’autre.

Un chantier de création, des chantiers de re-création ont été conçus pour que la langue s’ouvre vers… Vers quoi ? Vers toute possibilité non-découverte. A la rencontre d’une langue, ici la langue persane, avec la langue d’hôte, un échange s’établit, il s’agit d’un rapport donnant-donnant, la langue d’hôte comme la langue d’hôte s’ouvre, toute langue devient l’ouverture même pour possibiliser l’autre. L’une devient l’autre. Dans ce devenir, qu’est-ce qui se passe ?

Ce que nous allons présenter ici :

- chaque chantier propose ses produits, ses créations, ses re-créations

- une relecture de cet acte est proposée pour se rendre compte de ce processus

- entendre la langue, entendre la langue d’autrui, entendre la voix de la langue, devenir oral

- puis, un travail latent, puis, un travail pour une langue, pour des langues à venir

Ici, nous sommes en train de créer et en même temps, présenter l’héritage de la littérature post-exil. Une littérature qui, dépassant son territoire, dans de nouveaux territoires, s’installe.

En ce sens, la littérature post-exil, est toujours en-cours, étant toujours en train de…, elle ne cesse de changer le cours des choses, c’est-à-dire le cours de la langue, celle d’hôte, et celle d’hôte. A suivre, donc.

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Nov 19 2008

Censure

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p1000976.JPGAli Abdolrezaei

Ecrit en français par Parham Shahrjerdi

Au massacre de mes mots

On arracha la tête de la dernière ligne

Et le sang comme l’encre prit la feuille à la gorge

C’est la mort qui se couche sur la page

Et la vie une fenêtre restée ouverte une pierre la tua

Un nouveau fusil a tourmenté le monde

Et moi telle une marchandise je suis exporté aux portes de cette rue

Je suis toujours cette petite chambre qui quitta la maison

Dans ma vie comme mon stylo je suis la mère des lignes de cette page

Les mains du chat sont dansantes

Pour faire courir le rat

A la recherche d’un trou déjà pris

A la suite de la leçon d’école

Je ne suis plus Darâ de Sarah amoureusement

Je suis en train de faire mon nouveau devoir

Barrez-le

Et dans la fille qui à la fin de ce poème tombe par terre

Bâtissez une maison

Pleine de portes avec des plaies ouvertes

Et entre les côtés de la mort

Comme une chambre qui s’en alla de cette maison devint heureuse

Une fille voulant m’approprier

Jetant des grains dans sa voix s’approchant m’attirant

Et au couvent de son corps

Se tournant tournant encore derviches mes yeux

Combien les yeux

Ces fosses vides

Au jeu de deux humains ont mille mains

Combien de ce côté de l’existence où je suis je suis de l’autre côté

Tout le monde est l’Iran

Maux – père maux – mère mon maux – frère

Pire que des maux je suis

Ecrire est plus infertile que moi

Et Londres avec un temps bariolé encore

Attend sœurement

Pour que la mort s’allonge sur mon corps

Pour que la vie me tue encore.

Pour le poète dont les mots font la queue mon cœur se déchire

Pour le moineau dont les chants sont coincés dans la gorge

Pour le repos du corbeau n’ayant pas de fil aérien

Pour moi-même

Quittant la maison comme l’électricité

J’étais quelqu’un

J’ai fait l’idiot je suis devenu poète !

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Aug 01 2007

Belle fille aux yeux verts

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De ce côté du monde même si tu as un fils
C’est un fils de ce côté du monde
Vers les eaux versées après les larmes
Il est parti
T’en fais pas !
Inutile de passer dans mes rêves
Si tu es ici
Tu n’es plus ce que tu es là-bas
Tu deviens comme moi qui suis ici
Si je retourne
Je ne suis plus celui dont je suis
Je deviens comme toi qui es là-bas
Je ne ris plus
Je ne pourris même pas
Seul  je fais ma propre solitude
Comme cet instant  je vais bien
Et je crois  sans inquiétude  que je suis seul
T’en fais pas !
A l’autre côté du monde même si j’ai une mère
C’est une mère à l’autre côté du monde

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